“Travailler sur l’histoire, et, plus modestement sur le patrimoine, c’est avant tout réfléchir à ce qu’est pour nous la modernité. Lorsqu’une architecture s’affirme dans son époque, elle permet de mesurer précisément la distance qui la sépare des précédentes. Elle peut aussi bien donner du sens à une cassure qu’un prolongement à une attraction. Elle peut aussi introduire de la nostalgie dans l’usure et de l’ironie dans l’usage. La modernité nous donne l’illusion de pouvoir nous approprier la gloire d’un édifice en le désacralisant ou bien au contraire, le banal en le sacralisant.

Travailler sur le patrimoine, ou plus simplement sur l’existant, c’est surtout l’occasion de pratiquer une forme d’“à la fois ”étranger à tous les dogmes inquiétants de la tabula rasa. Frôler ce que l’on appelle le patrimoine, “l’illusion de l’éternité” selon le mot de Pierre Nora, nous a imposé une discipline, c’est-à-dire un ensemble de règles, dont l’interprétation plasticienne devrait nous éloigner de réflexes arbitraires, trop souvent appliqués aux questions nouvelles auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés.

Au-delà de l’architecture, c’est aussi la possibilité d’apporter un point de vue sur les traces de la ville et sur la “non-fatalité” à devoir reproduire ce qui est à côté.

Musée de Cluny - Bernard Desmoulin
Musée de Cluny, Paris 5e

Plus que sur de simples objets architecturaux dont les périmètres et les besoins seraient bien définis, nous préférons travailler sur la complexité des situations et des paysages, qu’ils soient urbains ou non, avec la conviction d’y trouver toujours, la dimension insolite capable de motiver notre curiosité. En portant au loin le regard, nous apprenons à nous méfier de l’actualité et de l’immédiateté de ses engouements, pour leur préférer, plus larges et plus ambitieuses, les dimensions poétiques et intemporelles des lieux.

Ce qui semble immobile est parfois le résultat d’une longue évolution qu’il nous appartient de poursuivre, conscients que la pratique d’architecte s’apparente plus à celle d’un jardinier qu’à celle d’un urbaniste. Nos lentes recherches pour faire écho aux lieux s’inspirent toujours et sans aucune chronologie sélective, d’une mémoire d’architectures qu’elles soient plus ou moins actuelles ou issues du passé. Il revient ainsi au temps de démêler l’intrigue pour savoir, ce qui de l’éphémère ou de la ruine, pourrait demain avoir du sens.”

À propos de l’auteur

En parodiant Proust sur la nécessité de l’écriture, on imaginerait que le désir de construire naît de la volonté de se confronter à une réalité. Et là, on préférera une réalité imaginée à une réalité subie. Ainsi l’architecture peut être envisagée comme une forme de ténacité face au chaos qui naît naturellement de chaque activité humaine.

Ces activités, de moins en moins industrielles et de plus en plus commerciales, ne cessent d’alourdir un paysage devenu une accumulation d’objets énigmatiques et prétentieux d’où est absente toute idée de préexistence. Au mieux, celle-ci apparaît comme une adversité à toute forme nouvelle d’expression. Cette accumulation de désordres ruine la patience de l’optimiste qui en attend « désespérément » une émergence positive à l’image d’une ville nouvelle surgissant spontanément d’une modernité de prouesses ou de chocs.

Nous croyons en la passivité de l’Architecture qui absorbe son environnement pour en modifier la perception. Architecture passive ne signifie pas se passer d’architecture, mais, invoquer l’Architecture reliée aux pays par un lien invisible et silencieux. Bref, le contraire du bavardage : pas de pesantes théories, pas de soumission aux contraintes idéologiques derrière les formes d’un univers qui s’amenuise de jour en jour.

Dans les sites finis ou l’histoire (modeste ou pas) a pris ses marques, l’architecture est porteuse d’une liberté essentielle qui incite à reconsidérer les valeurs tournées vers l’avenir. En révélant la poétique des lieux, le contraire de la table rase, et en s’appropriant son histoire, elle fera écho de façon contemporaine aux enchères positives du passé, dont nous ferons table ouverte.

Bernard Desmoulin

Bernard Desmoulin ©Yann Arthus-Bertrand
© Yann Arthus-Bertrand

Une conférence de l’architecte Bernard Desmoulin, « Réfléchir à ce qu’est pour nous la modernité » suivie d’une table ronde « Transition du patrimoine bâti et redynamisation urbaine, des réponses locales pour un enjeu européen » interviendront le jeudi 24 octobre.

Pierre-Louis Faloci, Grand Prix National d’Architecture 2018, dispensera la traditionnelle conférence phare de fin de congrès, qui portera cette année sur « Patrimoine et Architecture Contemporaine », soit le vendredi 25 octobre.

La journée du samedi 26 octobre sera elle consacrée à des visites architecturales, dont la Bibliothèque humaniste de Sélestat, qui vient de faire l’objet d’une rénovation extension par Rudy Riccioti et Thalès, et le Musée Unterlinden de Colmar restructuré par Herzog & De Meuron.

70 partenaires seront quant à eux à la disposition des architectes pour leur faire découvrir des nouveaux produits et services et répondre à leurs questions.

Congrès électif et festif, il permettra à l’Unsfa de rebondir sur ses 50 ans au service des architectes pour réaffirmer et marquer ses positions et pour se projeter vers de nouveaux combats.